Drogue au travail : « Ce qui a évolué, c’est la polyconsommation »

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Un article paru sur le site du Nouvel Observateur évoque un sujet dont on parle peu malgré sa sensibilité… La drogue au travail n’est pas un fait rare, loin d’être général aussi, mais la consommation est entrain de gagner du terrain et de s’inscrire dans la banalisation… Partout dans le monde, surtout dans les grandes firmes, là où le stress et le suivi de la productivité sont omniprésents, les employés n’hésitent pas recourir au cannabis ou autre drogue pour passer normalement le quart de travail…

François Nicaise est addictologue d’entreprise depuis quinze ans au sein du cabinet Restim (France) a été interviewé par la journaliste Corinne Bouchouchi.

Toutes les entreprises sont-elles confrontées à des problèmes d’addiction ?

– Oui. Je travaille pour des compagnies maritimes, de grands groupes pétroliers, des compagnies d’assurance, des entreprises du bâtiment… Ce qui diffère, c’est le risque que le comportement du salarié fait courir à la société, en fonction de l’activité de celle-ci.

La consommation de drogue au travail a-t-elle augmenté ?

– Ce qui a évolué, c’est la polyconsommation de produits. Avant, on buvait, aujourd’hui on consomme de l’alcool plus du cannabis, de l’alcool plus de la cocaïne.

Le sujet est-il encore tabou ?

– Comme pour l’alcool ! Ça a beaucoup évolué, mais la difficulté, c’est que les drogues ne font pas partie de notre culture. L’entreprise ne se pose pas la question de savoir pourquoi un employé sous cocaïne est hyperactif, pourquoi il a des colères à répétition. Ou pourquoi un salarié sous cannabisse montre au contraire « amotivationnel ».

Quelle attitude doit avoir l’employeur ?

– Depuis 2008, un texte juridique dit que l’entreprise est responsable de la santé mentale et physique de ses employés. Le manager a toute légitimité à s’intéresser à quelqu’un qui ne va pas bien. Et si cette personne met en danger l’entreprise, il a le devoir de réagir, notamment en l’orientant vers le médecin de santé au travail. Un entrepreneur doit aussi prendre en compte le risque pénal. J’ai travaillé avec un DRH qui m’avait appelé en catastrophe après une descente des douanes : un employé devenu dealer écoulait sa marchandise au sein de l’entreprise.

Nouvel Observateur

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